Chaîne alimentaire marine montrant le transfert des nanoparticules des algues microscopiques aux grands prédateurs marins
Publié le 15 mars 2024

La menace des nanomatériaux dans notre alimentation ne vient pas seulement de leur petite taille, mais de leur capacité à être biomagnifiés à chaque maillon de la chaîne alimentaire. Ce phénomène de concentration exponentiel, couplé à leur persistance dans les organismes, crée un risque sanitaire complexe et mal évalué. L’enjeu n’est plus de savoir si les nanos sont présents, mais de comprendre que les cadres réglementaires actuels sont inadaptés pour gérer ce risque systémique.

Des particules invisibles à l’œil nu, conçues pour améliorer nos produits du quotidien, se retrouvent insidieusement dans nos assiettes. L’idée que les nanomatériaux, présents dans certains emballages, pesticides ou additifs, puissent contaminer notre nourriture est une préoccupation croissante pour la santé publique. Face à ce constat, la première réaction est souvent de chercher à savoir si ces particules sont « dangereuses » en elles-mêmes. On se concentre sur la toxicité d’une particule isolée, en oubliant un phénomène bien plus puissant et insidieux : la bioaccumulation.

Le débat public se limite souvent à l’inventaire des produits contenant des nanos, comme le fameux additif E171 (dioxyde de titane), sans expliquer le mécanisme fondamental qui rend leur dissémination dans l’environnement si problématique. On parle du risque, mais rarement de sa dynamique de concentration. Pourtant, la véritable clé du problème ne réside pas seulement dans la toxicité intrinsèque d’une nanoparticule, mais dans l’effet multiplicateur implacable de la chaîne alimentaire. C’est un processus physique et biologique inéluctable qui transforme une pollution diffuse en une concentration potentiellement nocive dans les espèces en bout de chaîne, y compris l’être humain.

Cet article se propose de dépasser le simple constat de présence pour décrypter le « pourquoi du comment ». Nous allons explorer les mécanismes par lesquels les nanomatériaux s’accumulent, voyagent à travers les barrières biologiques et persistent dans les organismes. En comprenant cet effet concentrateur, nous mettrons en lumière le dilemme majeur auquel la réglementation sanitaire est aujourd’hui confrontée : comment encadrer une innovation dont les risques se déploient à l’échelle de tout un écosystème ?

Pour naviguer au cœur de cette problématique complexe, cet article est structuré pour vous guider pas à pas, du mécanisme de base de la concentration dans la chaîne alimentaire jusqu’aux impasses réglementaires actuelles. Le sommaire ci-dessous vous donnera un aperçu clair des étapes de notre analyse.

Pourquoi les nanos mangées par les algues se retrouvent-elles concentrées dans le thon ?

Le principe de la biomagnification, ou bioamplification, est au cœur de la menace nanoalimentaire. Il ne s’agit pas d’une simple accumulation, mais d’une concentration croissante d’une substance à mesure qu’elle monte dans les niveaux trophiques. Le processus commence à la base : le plancton ou les algues absorbent des nanomatériaux présents dans l’eau. Un petit poisson consomme une grande quantité de ce plancton, concentrant ainsi toutes les nanoparticules ingérées par ses proies. Ensuite, un poisson plus gros, comme le thon, mange des centaines de ces petits poissons au cours de sa vie, amplifiant encore davantage la concentration de nanomatériaux dans ses propres tissus. Cet effet multiplicateur est redoutable.

Ce phénomène n’est pas nouveau et a été largement étudié avec d’autres polluants. Par exemple, des études écologiques ont montré que les concentrations d’herbicides chez les poissons prédateurs peuvent être 75 000 fois plus élevées que dans l’eau environnante. Les nanomatériaux, en raison de leur persistance, suivent une logique similaire. De plus, certaines recherches suggèrent qu’ils peuvent agir comme des « chevaux de Troie ». Une étude sur l’impact des nanotubes de carbone a montré qu’ils pouvaient agir comme transporteurs de contaminants, augmentant l’accumulation d’autres polluants dans les organismes. Les nanomatériaux ne sont donc pas seulement un contaminant direct, mais aussi un vecteur qui peut aggraver la toxicité globale de l’environnement aquatique.

Ainsi, la question n’est pas de savoir si une algue contaminée est dangereuse, mais de comprendre que la structure même de la chaîne alimentaire transforme une contamination à faible dose en un cocktail potentiellement concentré dans l’assiette du consommateur final. Le thon au sommet de la pyramide alimentaire devient un réceptacle final pour des années de bioaccumulation à travers de multiples niveaux.

Comment les nanos traversent-elles l’intestin pour se loger dans le foie ?

Une fois qu’un organisme, y compris l’humain, a ingéré des aliments contaminés par des nanomatériaux, la question cruciale est : ces particules restent-elles dans le système digestif ou pénètrent-elles plus profondément dans le corps ? La réponse réside dans leur taille. Des études ont montré que les nanoparticules ayant une dimension comprise entre 1 et 100 nanomètres sont suffisamment petites pour franchir la barrière intestinale, une membrane pourtant conçue pour être sélective. Ce passage, appelé translocation systémique, est la deuxième étape clé du risque sanitaire. Il permet aux nanomatériaux de quitter le tube digestif et d’entrer dans la circulation sanguine.

Le passage de la barrière intestinale peut se faire par plusieurs voies. Les nanoparticules peuvent se faufiler entre les cellules épithéliales (voie paracellulaire), être transportées à travers les cellules elles-mêmes (voie transcellulaire) ou être captées par les cellules du système immunitaire intestinal (les plaques de Peyer). Ce mécanisme est illustré ci-dessous, montrant la complexité de cette interface biologique.

Coupe microscopique de la paroi intestinale montrant les trois voies de passage des nanoparticules

Une fois dans le sang, ces particules voyagent dans tout l’organisme. Le foie et la rate, en tant qu’organes filtres du corps, sont souvent les premières destinations où elles s’accumulent. Cependant, en fonction de leur taille, de leur forme et de leur composition chimique, elles peuvent également se déposer dans d’autres organes comme les reins, le cerveau ou même le cœur. C’est cette capacité à se distribuer dans des organes vitaux qui constitue une préoccupation majeure en toxicologie. Le risque n’est plus localisé à l’intestin, mais devient systémique, touchant potentiellement de multiples fonctions physiologiques.

Stockage à vie ou sortie par les reins : quel destin pour l’argent nano ingéré ?

Après avoir traversé la barrière intestinale et atteint les organes, le sort final des nanomatériaux dans le corps est la question suivante. Sont-ils éliminés rapidement ou s’accumulent-ils sur le long terme ? C’est ce que l’on nomme la persistance biologique. Contrairement à de nombreuses molécules organiques que le corps peut métaboliser et excréter, beaucoup de nanomatériaux inorganiques (comme l’argent, l’or ou le dioxyde de titane) sont très difficiles à dégrader pour nos systèmes biologiques. Comme le soulignent des experts, cet « effet de taille permet à ces agents de passer les barrières biologiques et de diffuser dans l’organisme, jusqu’à s’accumuler dans les organes systémiques où leur forte réactivité chimique peut être source de toxicité ».

L’effet de taille permet à ces agents de passer les barrières biologiques et de diffuser dans l’organisme, jusqu’à s’accumuler dans les organes systémiques où leur forte réactivité chimique peut être source de toxicité.

– Eric Houdeau et al., Cahiers de Nutrition et de Diététique, 2018

L’élimination se fait principalement par voie urinaire pour les plus petites particules, ou par voie biliaire (via les fèces) pour les plus grosses. Cependant, une part significative des particules peut rester piégée dans les tissus pendant des mois, voire des années. Des recherches menées à l’Université Grenoble Alpes ont étudié différents scénarios d’exposition pour évaluer la persistance des effets nanotoxicologiques. Elles distinguent l’exposition aiguë (une seule dose) de l’exposition chronique (doses répétées), cette dernière étant plus représentative de notre exposition alimentaire quotidienne. C’est dans ce contexte d’exposition chronique que le risque d’accumulation devient majeur, car l’apport continu de nanoparticules peut dépasser la capacité d’élimination du corps.

Cette persistance signifie que même une exposition à de faibles doses, mais répétée sur une longue période, peut conduire à une concentration significative dans les organes cibles. Pour des matériaux comme l’argent nano, connu pour ses propriétés antibactériennes mais aussi pour sa toxicité potentielle, la question du stockage à long terme dans le foie ou les reins est une préoccupation sanitaire de premier plan. Le corps peine à s’en débarrasser, transformant une exposition externe en une charge corporelle interne durable.

Le risque d’absorption racinaire qui met des nanotubes dans vos tomates

La menace de la bioaccumulation ne se limite pas aux écosystèmes aquatiques. Les sols agricoles sont également une voie d’entrée majeure des nanomatériaux dans la chaîne alimentaire. Ces particules peuvent provenir de boues d’épuration utilisées comme engrais, de pesticides nanostructurés ou de la dégradation de produits plastiques contenant des nano-additifs. Une fois dans le sol, les plantes peuvent les absorber par leurs racines, un processus appelé absorption racinaire. Ce phénomène est particulièrement préoccupant car il introduit les nanomatériaux à la base même de la chaîne alimentaire terrestre.

Le plus paradoxal est que certains nanomatériaux peuvent avoir des effets bénéfiques sur la croissance des plantes, ce qui rend le risque encore plus insidieux. Par exemple, une étude a montré que la présence de nanotubes de carbone dans le sol augmentent le poids frais des plants de tomates de 54,3 grammes. Si un agriculteur observe une meilleure croissance, il n’a aucune raison de se méfier de la présence de ces particules. Pourtant, elles s’accumulent dans les tissus de la plante – racines, tiges, feuilles et, finalement, les fruits que nous consommons.

Système racinaire de plant de tomate dans le sol avec zones d'absorption mises en évidence par la lumière

Ce transfert du sol à la plante est une porte d’entrée directe des nanomatériaux dans notre alimentation. En mangeant une tomate, une salade ou des céréales cultivées sur un sol contaminé, nous ingérons ces particules qui ont été absorbées et stockées par le végétal. Le problème est ensuite amplifié si ces plantes servent à nourrir le bétail. Les nanomatériaux se concentrent alors dans la viande ou le lait, ajoutant un niveau de biomagnification supplémentaire avant d’arriver dans notre assiette. La contamination des sols agricoles est donc une source de risque systémique pour l’ensemble de notre système alimentaire.

Quelle limite de résidu nano fixer dans la viande pour protéger l’humain ?

Face à cette contamination systémique, la question pour les autorités de sécurité alimentaire devient extrêmement complexe : comment définir un seuil de sécurité ? Fixer une Limite Maximale de Résidus (LMR) pour un pesticide classique est déjà un défi, mais le faire pour les nanomatériaux relève du casse-tête. Le problème est que la toxicité d’une nanoparticule ne dépend pas seulement de sa masse (comme pour une molécule chimique), mais aussi de sa taille, de sa forme, de sa charge de surface et de son état d’agrégation. Deux nanoparticules de même composition chimique mais de tailles différentes peuvent avoir des effets biologiques totalement distincts.

Cette complexité rend l’évaluation du risque particulièrement ardue. Aujourd’hui, on trouve déjà de nombreux produits de consommation courante contenant des nanomatériaux ajoutés intentionnellement. Selon l’ANSES, près de 900 produits alimentaires contiendraient des nanomatériaux en France. Les catégories les plus concernées sont des produits destinés parfois aux plus vulnérables. L’ANSES elle-même souligne que « les aliments les plus concernés sont le lait infantile (25,6%), les confiseries (15,6%), les céréales du petit-déjeuner (14,8%), les barres céréalières (12,9%), les viennoiseries et desserts surgelés (10,9%) ». Si l’on ajoute à cela la contamination involontaire par la bioaccumulation, on comprend l’ampleur du défi.

Établir une LMR pour les « nanomatériaux » en général est scientifiquement impossible. Il faudrait théoriquement en définir une pour chaque type de nanoparticule, ce qui est irréalisable en pratique. Comment fixer une limite pour les « nanotubes de carbone » dans la viande de bœuf ou les « nanoparticules d’argent » dans le filet de thon, alors que leurs effets dépendent de multiples facteurs ? Cette absence de méthode d’évaluation standardisée et de seuils clairs laisse les consommateurs et les producteurs dans un flou réglementaire et sanitaire total.

Plan d’action pour l’évaluation du risque nano dans un aliment

  1. Identification et caractérisation : Lister tous les nanomatériaux potentiellement présents (intentionnels ou non) et caractériser leur taille, forme et concentration.
  2. Analyse de la bioaccumulation : Évaluer le facteur de biomagnification potentiel du nanomatériau en fonction de la place de l’aliment dans la chaîne trophique.
  3. Étude de la translocation : Déterminer la capacité du nanomatériau à franchir les barrières biologiques (intestinale, etc.) pour évaluer le risque d’exposition systémique.
  4. Évaluation de la toxicité : Analyser les données toxicologiques existantes spécifiques à la taille et à la forme du nanomatériau identifié, et non à sa seule composition chimique.
  5. Application du principe de précaution : En l’absence de données complètes et fiables, recommander la substitution par une alternative non nanométrique ou limiter l’exposition.

Le risque réglementaire qui bloque 30% des innovations packaging en Europe

L’incertitude scientifique entourant les nanomatériaux se traduit directement par une incertitude réglementaire majeure. Pour les industriels, notamment dans le secteur de l’emballage alimentaire où les nanos promettent des conservations plus longues ou des matériaux plus légers, ce flou est un frein considérable à l’innovation. Investir des millions en recherche et développement pour un produit qui pourrait être interdit ou soumis à une réglementation extrêmement contraignante demain est un risque que peu d’entreprises sont prêtes à prendre. On estime que cette situation contribue à bloquer un nombre significatif de projets innovants.

Ce dilemme réglementaire n’est pas nouveau. Le problème de fond est l’inadéquation des méthodes traditionnelles d’évaluation toxicologique face à la spécificité des nanomatériaux. Les protocoles standards, conçus pour les produits chimiques, ne capturent pas la complexité des interactions nano-biologiques. Face à ce manque d’outils, les agences sanitaires sont contraintes d’adopter une position de prudence extrême. Cette situation était déjà pointée du doigt il y a plus d’une décennie. Dès 2009, l’AFSSA (devenue l’ANSES) soulignait l’insuffisance des données disponibles pour évaluer les risques associés aux nanoparticules dans l’alimentation. L’agence concluait qu’en l’absence de caractérisation précise, d’outils de mesure et de connaissance des usages, il était impossible d’évaluer l’exposition et les risques.

Aujourd’hui, bien que la recherche ait progressé, le problème structurel demeure. L’Union Européenne a mis en place des réglementations, comme le règlement sur les nouveaux aliments (Novel Food), qui exigent une évaluation au cas par cas pour les nanomatériaux intentionnellement ajoutés. Cependant, la procédure est longue, coûteuse et les critères d’évaluation restent sujets à débat. De plus, elle ne couvre pas efficacement la contamination croisée ou la bioaccumulation involontaire. Ce cadre réglementaire, perçu comme un labyrinthe complexe et incertain, incite de nombreux acteurs à renoncer à l’innovation plutôt qu’à s’y aventurer.

Mort immédiate ou baisse de fertilité sur 3 générations : quel impact surveiller chez les poissons ?

Au-delà de l’assiette du consommateur, la bioaccumulation des nanomatériaux pose une menace profonde pour les écosystèmes eux-mêmes. Les poissons et autres organismes aquatiques sont en première ligne. L’exposition aux nanoparticules peut avoir des effets variés, allant de la toxicité aiguë (mort rapide) à des effets sublétaux, plus insidieux mais tout aussi dévastateurs à long terme. Des recherches ont montré que les nanoparticules d’argent peuvent s’accumuler dans les poissons et affecter leur croissance et leur taux de survie.

L’enjeu pour les écotoxicologues est de savoir quel indicateur surveiller. La mort d’un poisson est un signal clair, mais qu’en est-il des effets qui ne tuent pas immédiatement ? Des études s’intéressent aux impacts sur la reproduction, comme une baisse de la fertilité, des malformations chez les larves ou des modifications du comportement qui peuvent compromettre la survie de l’espèce. Le vrai danger pourrait se révéler sur plusieurs générations. Un polluant peut sembler inoffensif pour un individu, mais réduire la capacité de reproduction de sa descendance, menant à un déclin lent mais inexorable de la population.

Ce phénomène de bioamplification est bien connu pour d’autres substances toxiques persistantes, comme le mercure ou les PCB. Ces composés s’accumulent dans les tissus graisseux des organismes et leur concentration augmente à chaque échelon de la chaîne alimentaire, atteignant des niveaux dangereux pour les prédateurs supérieurs (oiseaux marins, mammifères marins, et humains). Les nanomatériaux, en raison de leur persistance et de leur capacité à s’accumuler dans les organes, suivent une logique comparable. L’impact écologique global de cette pollution invisible est donc une préoccupation majeure, car elle menace la stabilité des écosystèmes qui sont aussi à la base de nos ressources alimentaires.

À retenir

  • La biomagnification transforme une contamination diffuse à faible dose en une concentration élevée de nanomatériaux au sommet de la chaîne alimentaire.
  • La translocation systémique permet aux nanoparticules de franchir la barrière intestinale et de s’accumuler dans des organes vitaux comme le foie, rendant le risque global et non plus localisé.
  • L’incapacité des cadres réglementaires actuels à évaluer la toxicité spécifique des nanos (taille, forme, surface) crée une impasse entre l’innovation et le principe de précaution.

Pourquoi la nanotoxicologie réglementaire est-elle le plus gros frein à l’innovation nano actuelle ?

Nous arrivons au cœur du problème : le gouffre entre le potentiel technologique des nanomatériaux et notre capacité à en encadrer les risques. La nanotoxicologie réglementaire, c’est-à-dire la science qui doit fournir aux législateurs les outils pour évaluer la sécurité des nanomatériaux, est aujourd’hui le principal goulot d’étranglement. Comme nous l’avons vu, les méthodes classiques basées sur la dose massique sont inadaptées. Il manque des protocoles standardisés, rapides et abordables pour caractériser les risques spécifiques liés à la « nanodimension ».

Cette situation place les agences de sécurité sanitaire, comme l’ANSES en France ou l’EFSA en Europe, dans une position extrêmement délicate. D’un côté, elles ne peuvent ignorer les bénéfices potentiels de ces technologies. De l’autre, face aux incertitudes, leur mission première est de protéger la santé publique. Leur conclusion est donc invariablement dictée par le principe de précaution. Dans ses recommandations officielles, l’ANSES est très claire à ce sujet : elle incite à limiter l’exposition des consommateurs en évitant les usages jugés superflus et en favorisant des alternatives sûres et éprouvées.

Cette approche, bien que logique du point de vue de la santé publique, agit comme un puissant frein à l’innovation. Une entreprise qui développe un emballage révolutionnaire à base de nanos se heurte à un mur réglementaire. Le processus d’autorisation est si long, coûteux et incertain qu’il décourage l’investissement. Le paradoxe est donc total : nous sommes face à une technologie prometteuse, mais le temps nécessaire pour développer une réglementation adaptée à sa complexité est si long qu’il étouffe son développement. Tant que la nanotoxicologie réglementaire n’aura pas produit des outils d’évaluation fiables et acceptés par tous, le secteur restera paralysé entre le potentiel d’innovation et l’application nécessaire du principe de précaution.

Pour protéger efficacement les consommateurs et permettre une innovation responsable, l’enjeu crucial est de développer une toxicologie réglementaire spécifiquement adaptée à la nature des nanomatériaux. C’est l’étape indispensable avant d’envisager toute dissémination à grande échelle dans notre environnement et notre alimentation.

Rédigé par Marc Bertrand, Consultant senior en gestion des risques, nanotoxicologie et réglementation HSE (Hygiène Sécurité Environnement). Il possède 20 ans d'expérience dans la sécurisation des procédés industriels impliquant des nanopoudres.